jeudi 22 février 2018

Rue des années perdues


Départ







On aurait pu la prendre pour le jour

C’était une chanson à la fenêtre

Il y avait des feuilles et des colombes

Sans doute des mots

Un nuage qui racontait son malheur tout là haut

Je n’en saurais pas plus

Quelqu’un m’a dit de plier bagage

Sur le marchepied j’ai hésité

Le jour la nuit tout ce à quoi

Peut se résumer une vie d’homme

J’ai oublié ce que j’avais à te dire

Et je suis monté












Onyx dieu Persan





La nuit surgit ta couleur

Je sais l’instant où ta fourrure noire et soyeuse s’étend sur toute chose

Obscurité à moi seul familière

Je marche dans l’eau de tes prunelles



Tes pattes fourragent ma mémoire

Comme autrefois ma main ta robe

Viens fuyons dans la peau du ciel

Et les nuages et les rêves recomposés



L’or de ton regard précède l’aube

Est-ce toi qui roule cette pelote inextricable de jour et de nuit
Comment oublierais-je

Ta beauté réduite en cendres












Mon cœur par vos soins brisé





Mon cœur par vos soins brisé

Gît dans vos mains resserrées

La nuit n’est pas assez noire

Pour le deuil de votre beauté



Que périsse enfin la rose

Et son étreinte de pétales

Vos traits feront cortège au vent

Laissant mon cœur nu et sans mémoire












Carrefour désert





Quelques nuages se forment là haut

Pas assez nombreux pour en tirer une histoire

Une voiture fait défiler le tapis roulant de la rue

Les réverbères entament un pèlerinage

Vers le carrefour maintenant désert



Ce soir le mystère ne sera pas résolu












Le sable des années





Je vois s’avancer vers moi le mur des saisons

Et me désigner avec sa voix de poussière

Seras tu encore à mes côtés



Sous le sable des années gît le sentier

De ce qui aurait pu être

Regarde moi trébucher dans mes veines



Qui sait quels arbres

Naîtront de nos rêves

Mais toi seras tu encore à mes côtés












Entre lune et sommeil





J’étais entre la lune et le sommeil

J’étais ce bateau remontant le fleuve

Guettant les rives

Où les arbres joignent leurs branches par-dessus les eaux

Je ne peux dormir sans la bénédiction de tes mains












A l’aurore





Donne moi mon manteau

Une aube douce va se lever

C’est l’heure où toute chose encore se contourne



Les mots n’ont pas atteint la citadelle

L’amour flotte dans leur ombre

La douleur ne se souvient pas de l’épine



Vois le silence me fait l’aumône d’un sentier

Mesure à mon absence

Le poids des anges












Lumière des choses inachevées





Lumière qui monte comme à regret

De ma fenêtre à la bibliothèque

O Oisive des choses inachevées

Contemple par tes brèches nocturnes

Nos vies papillonner

Sous de pauvres ciels d’abat jour












Mémoire du fleuve





La nuit quand je dors

Sous le ciel ruisselant de mon sang

Des rêves de terre rouge me conduisent à Toi

Congo

Je déploie l’anneau de mes bras

Dans la salive limoneuse de tes eaux

Il n’est de communion que dans tes flots

Voici que tu m’octroies l’hostie de ta lune rousse

Congo

Mes années filent dans l’ébène

Sur tes rives j’ai caressé les seins oblongs des fromagers

A mon passage

Les baobabs délivraient leurs horizons d’oiseaux

Congo

Nous nous reverrons à l’embouchure des songes












Cimetières marins





Tu ne peux plus écrire

Maintenant tu marches à la surface des eaux

Et des secrets anciens

On t’interroge tu parles d’horizons

De clartés sans limites

Mais au fond de toi

Tu es comme le crabe des rêves enfuis

Tu te rappelles

Tout ce qui nous fut donné

Tout ce que nous avons aimé

Glisse de nos mains

Dans les cimetières marins












Valises





J’ai jeté ma vieille valise

Que les rêves avaient déserté

Aujourd’hui je ne voyage plus que devant mon miroir

Où deux yeux inquiets

Tracent le même aller-retour



Te souviens tu des pécheurs du Bosphore

La jeunesse était une rive proche

E ton rire un filet inlassable

Amoureux nous passions sans nous voir

Comme dans une toile du Douanier Rousseau












Les années





Cet empilement d’années

C’est un conte dont je serais l’auteur

Mais un auteur involontaire

Je n’ai tendu ni le bras ni la plume

Et on m’a jeté à la face ce tourbillon de pages

Me sommant de me justifier

Je n’ai voulu que vivre

Me voici au sommet d’un édifice tremblant

Dont je ne suis ni le Roi ni le Messager

Encore moins Prophète de nuits interminables

Qui me laissent inondé de la sueur fétide des crimes du monde












Cheminant silencieux





Cheminant silencieux

Je flatte l’encolure des jours

Heureux d’être encore là

Je me suis perdu dans tant de vertiges



Un pas de côté et ce sera l’automne

Et fondra ce peu d’avance sur la terre

Une voix peut-être pourrait chasser cette nuit

Un sentier trouant le silence












Insomnie





Quelque fois un chien aboie dans la nuit

On ne sait pas pourquoi

On dirait

Une plainte sans age

Une pensée qui resurgit et ne se tait pas

Elle ne sait qui l’a mise au monde

Elle est sa propre nuit

C’est une obscurité qui tourne dans sa cage

Comme les astres sous la voûte nocturne

Et elle lance en vain sa rancune

De vieille lune












Matin





Le matin est un bon cheval

Qui jamais ne se plaint

Nul ne sait

Comment il se déleste de son fardeau nocturne



J’émarge la nuit en petites écritures

En dettes de douleurs accumulées

Et toutes ces choses dérisoires qui me rejettent

Loin de la naissance du monde












La ramure des âges





Si haut que je progresse dans la ramure des âges

Le moindre arbuste se rit de moi

Qui prenant appui sur son cortège d’oiseau

Et sa partition de feuillage

Invente un ciel bleu solfège

Me laissant en bas

Sisyphe des mots mal assemblés












Au plus près de mon souffle





Je me tiens au plus près de mon souffle

Comme un arbre qui se déprend de son ombre

J’ai appris que la douleur

Se mesure au nombre de pas

Sur le sentier des souvenirs

Les regrets font de l’autostop

Je veux bien te laisser entrer

Mais sois l’ombre dans la nuit

Une seule parole comme un coup d’aile












Mystique





Il y a d’abord ce mur de vieilles pierres

Où le soleil infiltre ses couleuvres

La mousse y a laissé des cicatrices vertes

Certains y voient ses Paroles



Derrière sur le sentier

Quelques branches et le vent se disputent

La mémoire de son Passage



Plus haut s’élève non pas un olivier

Mais un pin parasol

La voûte de son feuillage

Se souvient de la bénédiction de sa Paume












Rue des années perdues





Remontant la rue des années perdues

Je cherche en vain une ombre un livre

Ici il n’ y a que des visages indifférents

Le matin me pousse comme les autres

Au milieu des épaules

Chacun rejoint sa cellule












Le charivari du monde





J’aime mieux un arbre qu’un homme

Disait l’auteur de la Pastorale

Et c’est vrai que j’envie

Votre persévérance d’oiseaux et d’insectes

Arbres qui ne savez que monter

Et offrez sans jugement aux étoiles interrogatrices

Le charivari du monde












La mer cette écolière





En écolière studieuse la mer se retire

Pour rendre sa copie d’algue et de sable

Qu’elle efface aussitôt en vagues pirouettes



Je plonge dans l’eau de vos prunelles

Guettant l’anémone d’une faveur

Mais votre paupière vite lasse

Me laisse au bord des secrets












Confidences





La mer qui est au centre de toutes les confidences

Reste tête basse

Nul ne sait pourquoi elle ne se redresse

Malgré quelques hochements de tempête



Elle fait lit de toute chose

Peut être nous trompons nous sur son indifférence

Et verrons nous surgir un jour dans ses pâturages liquides

Des chevaux hennissant montés d’étoiles fourbues



D’incroyables créatures marines escaladant le toit du monde

Et sa voix de muraille brandira

Tout ce que nous avons accumulé du dedans

D’opalescentes souffrances ou frissons d’anémones












Le ressac





Je suis comme le sable

Silence et sommeil

Si la mer ne lui prêtait un peu de son crissement

Le vent disperse le grain de mes années

Je guette le ressac des mots

Quelques rêves marins

Pour reconstituer provisoirement

En souvenirs humides

Un peu de ce que je fus












Poètes du métro





Poètes du métro

Qui ferraillez contre les courants d’air

Et les camés du portable

Prophètes de vos vies déraillées

Qui colportez en vain dans les convois de viandes résignées

Vos mots gercés d’ozone

Je pense à vous

Dans les matins gris aciers

Et les tunnels du vivre












Le vent des prophéties





On me dit prophète héraut de l’automne

Gardien des souvenirs de l’empire

Mais des amours déçus et des feuilles mortes

Je souffle la caravane

Je ne suis que le vent aux doigts de néant

Qui rien ne possède et que nul ne possède

Je suis le Pauvre chargé de trésors

L’amant des arbres et de la mer

Qui tremblants

Me prêtent un instant leur forme












Aux doigts de fées





Je l’entendais murmurer de l’autre côté

Et glisser sous la porte son constat de nuit

Et comme je ne répondais pas

Par la persienne devenue boite aux lettres

Elle lançait ses orgues de blancheurs

Puis ouvrant les volets

Et braquant sa lampe sur mes atermoiements

Me jetait malgré moi dans le fourgon de la vie



Aurore


























Priam





Si je devais aller au bout des choses

Que ce soit comme sur cette vieille photo du Cap Sounion

A l’intersection des Dieux et de la mer



Fais moi Suzerain d’une cité d’insectes et de pierres fendues

Comme Priam après la tempête

Je régnerai sur mes souvenirs












Eglise du Sacré-Cœur de Gentilly





Du balcon haut perché de ma cité

Je voyais quatre anges gigantesques

Prêts à s’envoler

Mais une prière

Toujours les retenait sur le campanile

Un jour peut être une voix céleste

Lassée de leur séjour terrestre

Tonnera

Et des quatre points cardinaux

Leurs mains terribles haleront le monde

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